Dans une démarche stratégique visant à réduire sa dépendance à l’égard de la technologie américaine, le gouvernement français a annoncé son intention de migrer une partie de son infrastructure informatique de Microsoft Windows vers le système d’exploitation open source Linux.
Cette transition marque une étape importante dans la mission plus large de la France visant à assurer son « destin numérique », un concept connu sous le nom de souveraineté numérique. En s’éloignant des logiciels propriétaires appartenant aux géants américains, la France vise à reprendre le contrôle direct de ses données, de ses infrastructures et de sa sécurité numérique.
Le virage vers l’Open Source
La migration devrait débuter au sein de DINUM, l’agence numérique de l’État. Contrairement à Windows, Linux est un écosystème open source, ce qui signifie que son code source peut être inspecté, modifié et distribué par quiconque. Cette caractéristique permet diverses « distributions » personnalisées adaptées aux besoins spécifiques du gouvernement ou de la sécurité.
Bien que le gouvernement français n’ait pas encore publié de calendrier précis ni identifié les distributions Linux qu’il adoptera, cette décision suit un modèle de découplage technologique récent :
– Outils de communication : Le gouvernement a récemment remplacé Microsoft Teams par Visio, un outil de visioconférence de fabrication française construit sur la plateforme open source cryptée de bout en bout Jitsi.
– Sécurité des données : Des plans sont en cours pour migrer la plateforme nationale de données de santé vers une nouvelle plateforme « fiable » d’ici la fin de cette année.
Pourquoi c’est important : la géopolitique du logiciel
Cette décision n’est pas simplement une préférence technique ; c’est une réponse à un paysage géopolitique changeant. Cette décision reflète l’inquiétude croissante à travers l’Europe concernant l’imprévisibilité de la politique étrangère américaine et la potentielle « militarisation » de la technologie.
Le contexte derrière ce changement comprend :
* Volatilité technologique : Les récents changements politiques aux États-Unis ont fait craindre que l’accès aux services numériques essentiels ne soit utilisé comme un outil de levier politique.
* Le risque de sanctions : Il existe une crainte croissante que les sanctions américaines puissent être utilisées pour couper les critiques de l’économie numérique mondiale. Des rapports ont déjà fait état de personnes sanctionnées perdant l’accès aux comptes bancaires et aux services technologiques essentiels basés aux États-Unis.
* Autonomie européenne : La France n’agit pas de manière isolée. Cela fait suite à un vote du Parlement européen en janvier, qui a demandé à la Commission européenne d’identifier des moyens permettant à l’UE de réduire sa dépendance à l’égard des fournisseurs de technologies étrangers, en particulier américains.
La quête de l’autonomie numérique
Pour les dirigeants européens, la dépendance à l’égard d’une poignée d’entreprises américaines pour les services cloud, les systèmes d’exploitation et les outils de communication est de plus en plus considérée comme une vulnérabilité stratégique. En adoptant des alternatives open source comme Linux, les gouvernements peuvent garantir que leurs fondations numériques sont transparentes, personnalisables et, surtout, non soumises aux changements soudains de politique d’une puissance étrangère.
« L’État français ne peut plus accepter de ne pas avoir la maîtrise de ses données et de ses infrastructures numériques », a déclaré le ministre français David Amiel.
Conclusion
L’évolution de la France vers Linux et les outils open source représente une tentative décisive de protéger son infrastructure nationale de la volatilité politique étrangère. Cette tendance témoigne d’une volonté européenne plus large de construire un écosystème numérique plus résilient et autosuffisant.
